Siete maneras de arder por Alejandra Cortina

Interviu Avec Yan Pei Ming.

Escrito por Alejandra de Argos
Publicado: 31 Marzo 2015

YanPeiMing 2014 by SB

Elena Cué: Vous avez grandi en Chine au milieu d’une Révolution Culturelle jusqu’au 1980 quand vous vous déplacez pour aller vivre en France. Pendant cinq ans vous avez étudié dans L’école Nationale Supérieure d’Art de Dijon. Il a été comment la évolution picturale depuis la restriction de l’art de propagande aux services du régiment à la liberté absolue?

Yan Pei-Ming: A l’époque en Chine, l’influence dans la peinture était celle de l’académisme issu de l’Union soviétique. C’était une peinture de propagande au service du régime de l’époque. Les cinq ans passées à l’École nationale supérieure d’art de Dijon furent des années de totale liberté pour moi. A partir de ce moment-là, j’ai réussi à faire fusionner ce que j’ai appris de la peinture de propagande avec une vision très personnelle sur le monde d’aujourd’hui. Ma liberté d’expression est très prononcée dans mon travail actuel.

E.C: Comment avez-vous vécu le choque culturel qui existe entre l’Oriente et l’Ouest, en passant d’un régiment communiste à la France socialiste de Mitterrand?

Yan Pei-Ming: Je suis effectivement passé d’un univers à un autre. En France, l’individualité est mise en avant. Mais pour moi, la politique de François Mitterrand était certes socialiste mais libérale.

E.C: Vous avez reçu une bourse de l’Académie Française (Villa Médicis) à Rome en 1993, Quelle impression avez-vous eu d’Italie, et comment avez-vous vécu cette expérience?

Yan Pei-Ming: Mon expérience de pensionnaire à la Villa Médicis à Rome fut unique. J’ai vécu une année merveilleuse. J’étais comme au paradis, sur les traces de tous les grands peintres qui sont passés dans cette ville. Ces maîtres anciens m’aident à comprendre l’art du passé et m’ouvrent le chemin vers l’art à réaliser aujourd’hui. Ce fut pour moi une expérience inoubliable.

E.C: Quels souvenirs avez-vous de votre enfance?

Yan Pei-Ming: Mon enfance fut heureuse et solitaire. Depuis mon plus jeune âge, je suis dans mon propre univers. J’ai toujours rêvé d’être peintre car je peux m’exprimer sans paroles. C’est une force.

E.C: Vous avez peint votre père plusieurs fois y inclus mort. Parlez-moi de lui.

Yan Pei-Ming: J’ai toujours réalisé des portraits de mon père que se soit en Chine et en France. Je l’ai représenté à plusieurs périodes de sa vie, à des âges différents. Mon regard sur lui a évolué au fur et à mesure des années. Les titres de ces portraits comportent d’ailleurs souvent des qualités et des défauts que j’ai pu lui trouver. En effet, le regard d’un enfant sur son père n’est pas le même que celui d’un adulte sur son parent plus âgé. Je crois que mes portraits de lui révèlent cela.

E.C: Vous avez fait le portrait de Mao Tse-Tung plusieurs fois. Qu’est-ce que cela signifie et qui est Mao pour vous?

Yan Pei-Ming: Mao est présent dans mon travail depuis que je suis enfant. C’était l’image la plus reproduite et la plus répandue en Chine. Cela m’a marqué. Je me souviens aussi que ma première leçon à l’école avait pour titre : « Vive le Président Mao ! ». C’est un personnage mythique.

E.C: Pourquoi la Mona Lisa pleure? Pouvez-vous m’expliquer cette perspective?

Yan Pei-Ming: C’est une oeuvre que j’ai réalisée en 2009 pour le musée du Louvre suite à l’invitation d’Henri Loyrette le Président-Directeur du musée à l’époque. Ce polyptyque est intitulé « Les Funérailles de Monna Lisa ». J’ai revisité le portrait de Léonard de Vinci : Monna Lisa pleurant devant ses propres funérailles et devant les spectateurs. Mon geste est proche de celui de Marcel Duchamp lorsqu’il a ajouté des moustaches.

E.C: Considérez-vous diriger votre énergie réprimée dans l’art une forme de thérapie qui aide à réduire l’angoisse? L’idée de la morte vous fait réaffirmer la vie?

Yan Pei-Ming: Beaucoup d’états émotionnels transparaissent dans mon oeuvre : mes angoisses, mes douleurs, mes incertitudes. La présence de la mort y est également très importante. Et aussi bien sûr, l’énergie et la vie. Je n’ai pas besoin de faire quelque chose de décoratif, de sucré. La peinture n’est pas une caresse.

E.C: Quand vous pensez à la mort, quelle est l’angoisse la plus fort, la perte de tout ce que vous aimez ou la peur de cesser d’exister ?

Yan Pei-Ming: Quand je pense à la mort, cela me révolte. A partir de là, je travaille encore plus pour remplir la vie. Je n’ai pas peur de mourir. J’ai peur de ne plus vivre.

E.C: Des peintres iconiques de l’histoire de l’art, célébrités, vos autoportraits ou la représentation de votre père, croyez- vous que cette immortalité dans l’art est au moins une minime décharge de l’angoisse vers la non existence. Croyez-vous que c’est une façon de transcender?

Yan Pei-Ming: Je m’intéresse à tout : autant à l’histoire de l’art qu’aux personnages historiques, aux anonymes. La construction de l’Histoire et les sujets socio-politiques m’intéressent beaucoup. Ils sont constitutifs de notre monde et aussi de ma peinture.

E.C: La plupart de vos œuvres sont des portraits… En quelle mesure le portrait est mis en relation au fil du temps comme avec Rembrandt? Avez-vous été influencé par le peintre hollandais? 

Yan Pei-Ming: Vous avez raison. Rembrandt est un maître du portrait et surtout de l’autoportrait. C’est un artiste important pour moi. Il n’est pas le seul. Il y a aussi des peintres français, italiens et espagnols comme Goya, El Greco, Velasquez, Picasso.

E.C: Qu’est-ce qui vous intéresse le plus mettre en avant du personnage?

Yan Pei-Ming: Pour moi, l’individu c’est l’essence de l’humanité. Le portrait permet de révéler l’individu et son époque.

E.C: Votre but est de vous sentir moins seul face à vos peurs et face à l’existence? ou comprendre l’autre pour mieux s’entendre?

Yan Pei-Ming: Je voudrais que le monde partage mes angoisses, mes peurs.

E.C: Dans votre série sur les assassines, les gens qui s’arrachent arbitrairement la vie. Qu’est-ce qui vous amène à vous intéressez pour eux?

Yan Pei-Ming: Les animaux se sont toujours battus pour exister. Je crois que c’est la même chose pour l’homme. Les conflits, les guerres, les injustices sont le propre de l’homme.

En tant qu’artiste, où est-ce que vous trouvez de la beauté?

Yan Pei-Ming: Pour moi, la beauté se trouve dans la peinture.

Où croyez-vous réside la force de l’art?

Yan Pei-Ming: Je parlerai de force de la peinture.

Avez-vous visité le «Museo del Prado»? Qu’est-ce que vous pensez de nos maitres espagnols?

Yan Pei-Ming: J’ai visité plusieurs fois le musée du Prado. A chaque fois, j’ai été impressionné. Lorsque j’étais à l’École d’art à Dijon, j’ai été marqué par un de mes professeurs : Jaume Xifra. Il était catalan et il m’a beaucoup parlé des peintres espagnols.

La philosophie et la peinture. Sont-elles le même discours dans le temps?

Yan Pei-Ming: Pour moi, le temps donne la vérité à chaque chose.

Pensez-vous qu’il existe une line qui sépare, ou au moins qui crée une différence, entre les artistes chinois qui sont partis de la Chine après la Révolution Culturelle et ceux qui sont restés?

Yan Pei-Ming: Il y a des différences entre les artistes qui sont partis et ceux qui sont restés. C’est certain. L’environnement et le mode de vie sont différents, donc le travail aussi. Me concernant, je dirais que je suis aujourd’hui un artiste nomade, sans frontière. Je suis un artiste tout court.

Votre œuvre parle de la guerre et de la paix, de l’argent et la globalisation, du capitalisme et du communisme avec la morte derrière. Est-cela votre vision du monde?

Yan Pei-Ming: Ma vision du monde est relativement pessimiste. Je ne crois pas en la paix. Depuis que l’homme existe, la guerre existe et perdure. J’ai le sentiment que l’homme se battra jusqu’à la destruction du monde.